Le destin de Coeur de lion

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Pendant son cours à l'Institut de technologie agroalimentaire (ITA), Vincent-Gabriel Kirouac a beaucoup appris sur les chevaux. Il y avait cette jument à tout le moins spéciale : son activité préférée était d'éjecter les cavaliers de son dos, selon le dire de ce preux chevalier qui traverse le Canada avec elle en ce moment.

Cœur de lion, autrefois appelée Aïsha, était une pouliche de selle anglaise. Ma première réaction lorsque Vincent-Gabriel m'a appris qu'elle faisait du saut fut l'étonnement. J'ai jeté un coup d'œil à la jument, puis mon regard revint sur ce chevalier des temps modernes, pour finalement lui lancer : « Mais elle n'a pas le physique de l'emploi! » Il me regarda en souriant, puis dit : « Et voilà! » Elle était visiblement malheureuse de devoir sauter avec un cavalier sur le dos alors que sa constitution (belge-appendix) ne favorise aucunement cette discipline.

En terminal, ce fut au tour de Vincent-Gabriel de la monter toute une semaine. Avec une selle portugaise bien enveloppante, Aïsha n'a pas eu l'occasion d'expulser le jeune homme, bien qu'elle souhaitait de tout son cœur le voir par terre.

Vincent-Gabriel a laissé tomber le saut pour simplement s'amuser avec elle. Aïsha avait moins le goût de se braquer et commençait à prendre goût à s'amuser.

Un jour, peu après ses études, alors qu'il s'apprêtait à acheter un cheval, Vincent-Gabriel a reçu un appel : « Si tu veux Aïsha, tu peux l'acheter pour 3 000 $! » Effectivement, après avoir fait le bilan de ses nombreuses victimes, car il ne passait presque jamais une semaine sans qu'Aïsha envoyât un étudiant se balader en ambulance, l'ITA avait décidé de la vendre. C'est ainsi qu'Aïsha devint Cœur de lion.

Je me suis dit qu'une jument de manège intérieur n'était sûrement pas désensibilisée aux champs, au vent, aux différentes surfaces, aux lièvres, aux voitures et aux motos pour envisager de traverser le Canada en toute quiétude. Vincent-Gabriel, qui rirait et trouvait ma question pertinente, me répondit : « J'ai dû faire beaucoup de travail en ce sens puisque c'est à peine si elle travaillait en manège extérieur. »

Sa première randonnée publique fut avec Québec à cheval dans le cadre du Week-end du randonneur de 2010. Vincent-Gabriel m'avoua candidement : « Cette randonnée aux trois allures, et bien... j'avais des ampoules à chaque doigt en revenant! » Il eut ensuite la chance de travailler avec sa jument sept jours sur sept à l'écurie où il était employé. Et Cœur de lion était jalouse lorsqu'il travaillait avec d'autres chevaux! C'est donc en partie à force d'investissement de temps que cette jument est devenue un cheval d'exception!

Je suis heureuse de les avoir rencontrés, même si, au départ, je me demandais quel genre d'individu pouvait rêver de traverser le Canada à dos de cheval. Je ne savais pas à quoi m'attendre. Je suis méfiante de nature. Combien de fois ai-je entendu des choses comme « Ce cheval représente toute ma vie » pour ensuite être témoin de violence : on le cravache et on utilise des éperons parce qu'on n'arrive pas à lui faire passer un fossé!

Je vous rassure tout de suite : si vous aviez pu voir Vincent-Gabriel embrasser Cœur de lion et soigner ses éraflures ou voir ses yeux pétillants lorsqu'il raconte ses histoires avec sa compagne de route!

 Je leur souhaite bon voyage.

 

 

 

 

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