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Cinquième chronique en direct de l'Asie

Shanghai de nuit: Pudong vu du Bund

Shanghai brille de tous feux. La métropole chinoise se développe à un rythme fou, cherche à s'élever au-dessus des autres villes, à gratter le ciel de ses tours qui se fondent dans le smog le jour et s'illuminent la nuit. Shanghai, ce n'est pas la Chine. C'est ce que la Chine aimerait devenir.

Du Bund, au cœur touristique et historique de la ville, les passants peuvent admirer les gratte-ciel de Pudong, de l'autre côté du fleuve. Le quartier des affaires se développe à un rythme effréné depuis deux décennies, toujours plus haut, toujours plus compact, faisant de l'ombre à la rive ouest du Huangpu tout en mettant Shanghai sous les projecteurs. Le reste de la métropole n'est pas en reste, avec ses nombreux chantiers, ses vieux quartiers peu à peu rasés pour faire place à d'autres tours. Un peu comme le reste de la Chine, à vitesse grand V.

Après une journée à flâner sur Nanjing Est, large rue piétonnière où les grandes marques se bousculent en vitrine, nous avons vu le jour tomber sur la ville. Manu et Louka couraient sur la promenade du Bund, longeant le fleuve, pendant que la ville s'illuminait. De nuit, Shanghai prend des airs futuristes. Des petits points rouges, bleus, verts, de toutes les couleurs, apparaissent puis disparaissent sur les tours de Pudong. Comme un gigantesque jeu de Lite-Brite qui se constitue sous nos yeux.

Des bateaux illuminés voguent sur le Huangpu, croisant d'immenses cargos à la queue-leu-leu. Pour ajouter une couche souterraine à toutes ces lumières, nous avons emprunté le tunnel reliant le Bund à Pudong. Le kitsch dans toute sa splendeur! Des wagons transportent les passagers ébahis par le spectacle son et lumière qui se déploie sous leurs yeux. Non recommandé aux épileptiques! Des néons, des lumières de Noël qui scintillent, des projections, le tout ponctué de commentaires en anglais qui ne font aucun sens. Sauf, peut-être, pour les Chinois.

Nous avons fait irruption dans le quartier des affaires les yeux écarquillés. Surdose de lumières. Nous avons contourné l'Oriental Pearl Tower, symbole de Shanghai avec ses deux grosses boules illuminées perchées une au-dessus de l'autre. Puis, nous avons emprunté la vaste passerelle surélevée permettant d'éviter les intersections et la circulation. Un des rares endroits de Chine où on ne risque pas de se faire frapper par un vélo, une moto ou une auto.

Pour admirer Shanghai des airs, nous sommes montés au 88e étage de la tour Jinmao, voisine du Shanghai World Financial Center, qui ressemble à un gigantesque décapsuleur. Franchement, la ville est plus impressionnante du Bund, tout en bas, que de Pudong, tout en haut. Cette nuit-là, éblouie, j'ai mis du temps à m'endormir. Et la vue de notre balcon, au 30e étage, ne me semble plus aussi vertigineuse.

Le marché

Je suis attablée au Kommune, une ode au communisme, où le capitalisme se reflète dans les prix! Dans les ruelles de Tianzifang, quartier à la mode, on ne mange pas chinois. Saveurs internationales, prix à l'occidentale... On offre ici à prix d'or sur un plateau d'argent ce que les visiteurs veulent goûter de la Chine: cafés branchés, boutiques de thé, échoppes de babioles... Plusieurs artistes et designers y ont élu domicile, donnant sa couleur au secteur. Je prends plaisir à me perdre dans le dédale de petites ruelles qui conservent une certaine authenticité, surtout quand on voit une madame suspendre des bobettes de grand-mère à la vue de tous pour les faire sécher.

Frédéric est parti en expédition avec les enfants au royaume du faux. Dans ce marché, on peut acheter des sacs Louis Vuitton, des montres Rolex ou des manteaux Canada Goose pour une fraction du prix. Et une fraction de la qualité. Il faut marchander, négocier serré face à des vendeurs aguerris, percevant les étrangers comme des guichets automatiques. Le paradis pour mon mari, qui s'est acheté une quinzaine de montres depuis notre arrivée en Chine!

Avant-hier, c'était sa journée. Sa journée sans enfants. De tels moments en solo sont indispensables pour profiter d'un voyage de près de cinq mois. A-t-il pris une bière, visité People's Square ou accepté les offres des proxénètes? Non! Il est revenu de ce marché du faux avec cinq montres au poignet, un sac en bandoulière, deux chandails sur le dos et un large sourire aux lèvres.

Quiconque aime les montres ne se contente pas de ce qui est en vitrine. Pour éviter de se faire pincer par les autorités, les marchands gardent leurs plus belles répliques en lieu sûr. Modus operandi: Frédéric se fait conduire par un rabatteur dans une boutique de jeans. Un vendeur écarte des cintres et appuie sur le bouton d'une télécommande. Bien dissimulée, une petite porte s'ouvre. Tous deux pénètrent dans l'antichambre, puis la porte se referme. L'acheteur est piégé. Impossible de sortir sans l'aide de son hôte. C'est là que les vraies affaires se brassent. Le commerçant sort son attirail dissimulé sous un faux comptoir. Et la négociation commence...

Pendant que mon époux marchandait, je marchais. Trois métros plus tard, avec deux enfants et une poussette, j'ai fait irruption dans le quartier Yuyuan. Là encore, la consommation est à l'honneur. Le secteur regorge de boutiques regroupées dans un vaste quadrilatère où les piétons se pressent. Visiblement reconverti, ce bazar évoque la Chine d'une autre époque. Pour échapper au brouhaha, j'ai emprunté le pont menant au jardin Yuyuan - Yu pour les intimes - qui a donné son nom au quartier. Sur la passerelle zigzaguant au milieu d'un bassin, les parapluies s'entrechoquaient. Sous nos pieds, des milliers de poissons obèses nageaient la bouche ouverte, attendant d'être nourris.

Des sentiers parcourent ce véritable havre de paix au milieu de la cohue. De splendides pavillons, des arches de pierre, des ponts enjambant des bassins... Le lieu parfait pour un premier baiser. Ou pour laisser courir deux gamins surexcités. Lorsqu'on prenait une pause, de grosses carpes se disputaient une place à nos côtés, espérant qu'on leur serve un repas. Il aurait suffi de tendre les mains pour se constituer un véritable festin! Probablement découragés par la fine pluie qui baignait les lieux, les visiteurs, contrairement aux poissons, étaient peu nombreux. Du moins, proportionnellement pour la Chine!

Fête nationale

Cette fin de semaine, les Chinois célébraient une fête nationale. Non, pas la Saint-Jean. Le Festival du bateau-dragon. Des célébrations étaient organisées un peu partout au pays. Le 23 juin, pour l'occasion, nous étions en présence d'une Québécoise.

Le plan de match était d'assister à la course de bateaux-dragons organisée sur la rivière Suzhou, qui traverse la ville. Curieusement, l'information disponible était plutôt sommaire quant aux célébrations entourant la fête nationale à Shanghai. Une heure après le début de l'événement, semble-t-il, tout était terminé. À notre arrivée, les rives étaient presque désertes, les chaises empilées, les gigantesques ballons rouges progressivement dégonflés. Nous n'avons vu aucun bateau-dragon, pas plus que des festivaliers. Ce doit être comme la fête des Patriotes, ou de la Reine, ou de Dollard, où personne ne célèbre qui que ce soit, mais tout le monde profite du long congé.

J'ai connu Valérie il y a deux ans, à l'occasion du mariage de la pétillante Nadielle, une amie commune. Toutes deux sont journalistes. Valérie est venue rejoindre son copain à Shanghai pour six mois. Elle nous a fait découvrir son quartier, qu'ont adopté de nombreux expatriés. Nous avons longuement discuté, rare occasion pour nous en Chine. Nos conversations se résument généralement à «bonjour», «merci» et «han-han». Mon vocabulaire en mandarin s'apparente à celui d'un enfant d'un an et mon accent à celui d'un bébé naissant!

Nous avons flâné dans l'impressionnant marché aux insectes. Impossible de faire abstraction de l'odeur de cage à hamster. Et surtout, du concert des criquets. C'est ici que les amateurs de combat se procurent leurs bestioles de compétition. Les criquets sont piégés dans de petites boules tressées, à travers lesquelles on peut discerner chacun des gros spécimens musclés. Au marché aux insectes, non exclusif, on trouve aussi des oiseaux et des poissons à profusion, ainsi que des plantes et d'autres petits animaux.

Escapades en banlieue

Nous avons planifié deux escapades en banlieue de Shanghai. Hangzhou et Suzhou, c'est un peu comme les Longueuil et Laval de Montréal. Bon, un peu plus distantes, même si elles sont à moins d'une heure en train TGV au sud et au nord. Et pas mal plus populeuses, hébergeant ensemble l'équivalent de toute la population québécoise. L'analogie est boiteuse.

Le lac de l'Ouest constitue une destination prisée des touristes comme des locaux, surtout pour une sortie en famille un dimanche de long week-end. Nous n'étions pas seuls dans ce célèbre lieu d'Hangzhou, mais le parc et son lac sont si vastes qu'on peut aisément trouver sa place au soleil. Sur l'eau, des bateaux et des fleurs de lotus bien dodues. Tout autour, des collines et d'agréables sentiers invitant à la promenade.

Une chorale pratiquait sous un pavillon. Les oiseaux et les criquets étaient plus harmonieux. Sur les ponts, des amoureux se soufflaient des mots doux à l'oreille. Sur les sentiers, des cyclistes s'essoufflaient en solo ou en tandem. Les plus paresseux empruntaient de petites navettes qui annonçaient leur présence au son d'une musique de marchand de crème glacée qui fausse. Nous avons préféré déambuler lentement autour du lac. C'était relaxant. Autant que ça peut l'être avec nos deux enfants!

Pas à pas, nous avons rejoint le secteur le plus achalandé. Celui où se regroupent les marchands de petits crabes en brochettes, de machines à bulles et d'ombrelles. Celui où des dizaines de photographes particulièrement amateurs mitraillent un pauvre écureuil sur son arbre. Celui où Frédéric a attiré plus d'une centaine de curieux.

En quelques secondes, un cercle s'est formé autour du circuit qu'il avait improvisé sur le pavé pour sa voiture téléguidée. Faut dire qu'il sait la conduire de façon impressionnante, pour son plaisir, celui des enfants... et des passants. Il se donnait en spectacle, tournant autour des petits Chinois qui pourchassaient sa bagnole, renversant les plus intrépides qui se mettaient sur sa route, suscitant l'hilarité générale. Sous les applaudissements nourris de la foule, il a tiré sa révérence après quelques minutes, embarrassé par tant de gloire.

Après Hangzhou (prononcez Hangjo), nous visiterons demain Suzhou (prononcez Soudjo), une ville réputée pour ses canaux et ses jardins. Ce sera probablement notre dernière escapade avant de sortir du pays, tout en y restant. Oui, c'est possible! Nous mettrons dans quelques jours le cap sur Hong Kong. Même si le territoire a été rétrocédé à la Chine, il n'en demeure pas moins largement autonome. De retour sur le continent, nous devrons passer à nouveau les douanes chinoises!

Je l'avoue, nous commençons à ressentir l'appel de la nature! Les grandes villes, c'est la frénésie, mais nous avons aussi envie de vastes étendues vertes, de chèvres et de vaches qui broutent. Et pourquoi pas des pandas! Ce sera pour la suite de nos aventures...

 

L'ASIE EN BREF...

Les Chinois se curent le nez en public, sans gêne apparente. Même dans les restaurants. Sans mouchoir...

Du thé glacé au jello à saveur de concombre, ça existe. Frédéric en est friand!

Dans les gares, dans les stations de métro, dans plusieurs édifices publics, les bagages doivent passer par les rayons X. Je traîne toujours mon canif dans ma sacoche. À présent, aucun gardien ne l'a repéré. Mais les ballounes sont confisquées!

La mode est aux couples qui «matchent». Madame porte un chandail avec un pitou, monsieur avec un os. Mademoiselle est vêtue d'une robe à l'imprimé criard, son demoiseau porte le t-shirt assorti. Nous avons même croisé une famille qui «matchait». Ouch!

Dans les restaurants, les plats n'arrivent pas tous simultanément. Ils sont servis au fur et à mesure, quand ils sont prêts. Tout le monde peut quand même manger en même temps, car les assiettes, destinées à être partagées, sont posées au centre de la table.

Dans certains édifices, dont celui où nous résidons à Shanghai, le chiffre 4 n'existe pas. Pas de 4e étage, ni de 14e ou de 24e. Valérie, qui a pris des leçons de mandarin, nous a expliqué que «quatre» et «mort» se prononceraient de la même façon, ce qui découragerait certains chinois superstitieux, jusque dans leur choix de numéro de téléphone. Mais il y a des 13e étages partout!

Personne ne porte de casque à moto. Certains motocyclistes couvrent cependant leur visage d'une visière qui ressemble à celle de casque de soudeur!

Quand les Chinois ont un chien, il est de petite taille. Nous pouvons compter sur les doigts d'une main les gros canidés que nous avons croisés. Quant aux chiens dans les restos, ce n'est pas une légende urbaine, mais ce type de viande n'est pas couramment apprêté.

À la moindre goutte de pluie, des vendeurs de parapluies itinérants tentent de faire de bonnes affaires avec les passants.

Les toilettes turques sont populaires auprès des Chinois. La mondialisation les culottes baissées? S'ils ont le choix dans un lieu public, les Chinois préfèrent généralement s'accroupir au-dessus d'un trou que d'utiliser un bol de toilette.

 

À lire...

Face-à-face avec l'armée - 4e chronique

Hong Kong sous les feux - 6e chronique

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Derniers commentaires

  • Geneviève
    27 juin 2012 - 12:27

    Bonjour à vous! Il m'a été facile d'imaginer Fred lors de ses 15 minutes de gloire parmi la centaine de curieux - j'ai bien ri! Merci;-) Les photographies sont superbes (j'adore celle des lotus roses). p.s. Le karaoke est-il aussi populaire qu'on le prétend en Chine? G;-)

    • Marilaine Bolduc-Jacob
      05 juillet 2012 - 12:13

      Le karaoké est effectivement populaire en Chine, mais nous n'aurons malheureusement pas l'occasion de mettre nos cordes vocales à l'épreuve. Avec deux jeunes enfants, nous ne courons pas les bars avec KTV, tel qu'annoncé! Mais Manu et Louka ont trouvé le moyen de prendre le micro sur une scène de Shanghai. Au Musée des sciences et des technologies, ils ont chanté l'alphabet de concert avec un robot qui jouait l'air au piano. Ça n'avait rien à voir avec les signes chinois qui défilaient sur l'écran, mais c'était un... hmmm... pitoyable moment de karaoké en Chine, qui leur a tout de même valu une belle main d'applaudissements!