Plaisirs mouillés et sablés

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Quinzième chronique en direct de l'Asie

Rencontré dans le ruisseau Féerique

Ce matin, le soleil s'est levé à 5h37. Moi aussi. Je sors, fais dix pas et me retrouve sur la plage déserte. J'espérais un ciel dramatique. Il est plutôt sobre ce matin, vêtu de nuages rosacés. Les vagues se soulèvent, s'enroulent sur elles-mêmes et moutonnent, avant de lécher le sable. Un baiser mouillé, langoureux, qui s'efface pour faire place à un autre. L'océan rugit de plaisir.

Mui Ne se réveille. Une poignée de pêcheurs marchent sur la plage. Les coquillages craquent sous leurs pas. Un chien passe nonchalamment devant moi. Ses pas sont rapidement effacés par les vagues, qui embrassent furtivement mes orteils. La marée est haute. Deux femmes font une baignade matinale. Un homme passe dans sa petite barque.

Le village de pêcheurs est tout près. Des dizaines de bateaux sont amarrés, taches colorées sur l'océan. Sur la plage, des coquilles faites de feuilles de palmier, semblables à des paniers tressés, attendent leur mise à l'eau. Elles sont assez grandes pour contenir un homme, son filet et sa rame. C'est tout.

Il n'y a rien à faire à Mui Ne, Vietnam. Ou presque. Et c'est très bien comme ça.

Faire le plein de pas grand-chose

Les derniers jours ont été largement occupés à ne pas faire grand-chose. Océan, plage, chaise longue, piscine, plage, océan... Après notre passage à Nha Trang, nous prolongeons notre séjour à Mui Ne, pas pressés de retrouver le bourdonnement urbain. Je mets ma vie sur pause. J'écris quelques cartes postales, fais la sieste, lis un roman. J'avoue mon plaisir coupable: je suis absorbée par le best-seller de l'été, «Fifty Shades of Grey».

Nous louons un bungalow avec vue sur la mer. Sous le toit en feuilles de palmier, les lézards nous rendent visite. Les fourmis aussi. La nuit, les vagues bercent mon sommeil. Elles rythment mes journées. Du pas de la porte, nous pouvons nous élancer dans la piscine. Nous sommes les seuls clients du complexe hôtelier. C'est la basse saison. La pluie vient parfois nourrir l'océan.

Je pars à la chasse aux coquillages avec Louka. Sur la plage, de gigantesques cimetières de coquillages se forment à marée basse. De toutes les formes et couleurs. Nous observons Bernard L'Hermite dans sa maison en forme de cornet. Nous lui présentons l'étoile de mer que Louka a trouvée. Aucun des deux, déjà affaiblis, ne survivra à notre chasse. Louka est une bibitte de sable. Manu, un poisson assoiffé de baignade. Même à marée basse, on peut marcher pendant des dizaines de mètres avant d'avoir de l'eau jusqu'au nombril.

Nous conduisons deux motos. Liberté! Nous longeons l'océan. Le vent porte une odeur de poisson pas frais. Sur le bord de la route, d'immenses filets sont étendus. De minuscules crevettes y reposent par milliers. Des crevettes séchées et fumées au pot d'échappement! Au coucher du soleil, nous observons les pêcheurs récupérer, puis étendre ces très longs et étroits filets sur la plage. Près du village, ils sont déposés en ballots sur le bord du chemin.

Bientôt, la route entre à l'intérieur des terres. Du sable, plutôt. La mer fait place au désert. Par endroits, une langue de sable s'échappe des dunes et vient lécher le bitume. En quittant la ville, nous avons la route pour nous seuls, ou presque. Nous retrouvons un peu plus loin l'océan, les palmiers et les arbres en fleurs d'un côté, et les dunes de l'autre. Nous manquerons bientôt d'essence. Je carbure à la liberté.

L'île au plaisir

Nous ne faisons pas grand-chose. Et pourtant, jamais n'avons-nous cumulé autant d'activités extrêmes depuis la naissance de nos garçons. Nha Trang offre plusieurs possibilités aux voyageurs à petit budget en mal de sensations fortes et de plaisirs nautiques. Nous mordons à l'hameçon.

De la plage, à l'ombre des arbres taillés de formes bizarres, on distingue un signe hollywoodien sur l'île juste en face. Vinpearl nous invite en grosses lettres blanches. Nous nous enduisons de crème solaire et d'adrénaline, puis empruntons le plus long téléphérique au monde passant au-dessus de l'océan.

De l'autre côté, c'est l'euphorie! Après quelques manèges, j'exécute des culbutes aériennes, accrochée à un harnais. J'ai chaud! Nous courons à travers le village rappelant vaguement Mont-Tremblant pour nous élancer dans les jeux d'eau. Manu et Louka trépignent d'envie à la vue des glissades d'eau. Ils sont trop petits, et leur déception est grande. Nous tentons de les raisonner en les amenant à l'écart, vers le monde des petits.

Dans la barbotteuse... surprise! Tout plein de glissades d'eau pour les gamins. De quoi offrir de mini sensations fortes à nos mousses. Toute la journée, Frédéric et moi nous relayons dans les immenses glissoires, pendant que nos gosses explorent les jeux d'eau, les tubes et la piscine à vagues. À la fin de la journée, Manu, juste assez grand, est prêt pour la gigantesque descente à plat ventre sur un tapis. Nous montons les innombrables marches, puis il s'élance, seul. «J'ai même pas eu peur», lance-t-il, essoufflé, en tentant de récupérer ses esprits qu'il a laissés tout en haut.

De la plage de fin sable blanc, on aperçoit Nha Trang et les collines derrière. Et tout en haut, un parachute multicolore, tiré par un bateau. Mon nom est inscrit dessus! Quelques minutes plus tard, je cours à toute vitesse sur la plage, fais quelques pas dans les airs, puis me retrouve d'un souffle plusieurs mètres au-dessus de l'océan. Wow! La vue est fantastique, mais surtout, la sensation est intense. Le bateau ralentit et doucement, comme une immense plume de carnaval, je redescends. Au milieu de l'océan? Hey! Au moment où mes orteils trempent dans l'eau, le bateau repart de plus belle et le parachute ascensionnel me propulse des vagues aux nuages. Ouf!

Nous concluons cette journée riche en sensations fortes par un spectacle à grand déploiement de fontaines son et lumière. Mais à Nha Trang, nous n'allions pas nous contenter d'une seule journée d'activités nautiques! Outre la plage, dont nous abusons, Frédéric s'offre une séance de motomarine. La première depuis la naissance de nos garçons.

Pour ma part, je renoue doublement avec les plaisirs de la plongée. L'environnement sous-marin de Nha Trang est similaire à celui de Hoi An (lire la dernière chronique). Des coraux colorés, des poissons curieux, des rascasses, des muraines, même un calmar géant... Je fonce volontairement dans un immense banc de poissons rayés jaune. Ils regardent tous à gauche, sans bouger. D'un bloc, ils se retournent et me fixent. J'avance. D'un seul mouvement, ils s'éloignent de quelques mètres vers la droite, avant de s'immobiliser. J'insiste. Ils me font dos subitement et se poussent davantage. Les poissons dansent en ligne (à pêche)!

Jouer dans le sable

À Mui Ne, au sud de Nha Trang, il y a la mer d'un côté et les dunes de l'autre. Les dunes et un monde d'aventures. Pour les explorer sans s'enliser, le Jeep est le véhicule tout indiqué. Louka trépigne de joie. Il prend place à l'avant, debout entre mes jambes. Mais son plaisir est de courte durée. Notre premier arrêt n'est qu'à quelques dizaines de mètres de notre hôtel!

Le petit pont que nous empruntons chaque jour à moto enjambe le ruisseau Féerique. Le lieu porte bien son nom. Nous nous déchaussons. Nos orteils s'enfoncent dans le lit sablonneux de ce cours d'eau peu profond. Louka trouve le moyen de s'enfoncer complètement dans l'eau en trébuchant à quelques reprises. Puis, il plante sur le sentier, couvrant ses vêtements détrempés de sable. La honte! Une version locale du goudron et des plumes?

Le bruit de nos pas dans l'eau ajoute à la magie du moment. Les rives sont bordées de plantes tropicales. Par endroits, elles font place à d'immenses coulées de sable rouge ou blanc qui viennent se jeter dans le ruisseau. Nous croisons un troupeau de vaches, quelques touristes. Après un coude, une des rives devient soudainement plus escarpée. Par endroits, c'est comme si quelqu'un avait fait couler la cire blanche d'une immense chandelle sur la paroi en terre rouge. Cette formation rocheuse est intrigante. Nous y portons la main. Elle s'effrite sous nos doigts. Il s'agit de sable amalgamé.

Nous roulons longtemps en Jeep, d'abord sur la route principale, puis sur un chemin de terre menant aux dunes blanches. Un désert au milieu de l'oasis qu'est la côte vietnamienne. Elles sont là, immenses, majestueuses. Elles défient leur environnement. Les dunes ne couvrent pas une grande superficie, mais offrent un terrain de jeu suffisamment grand pour s'y enliser un moment.

Nous louons deux quatre-roues. Wou-hou! Nous partons à l'assaut des dunes vertigineuses. C'est si escarpé que nous devons parfois nous y prendre à plus d'une reprise. En haut, nous sommes récompensés par la vue du sable blanc et, un peu plus loin, d'un petit lac entouré de plantes, tel un mirage. Au loin, la végétation est luxuriante, d'un vert tendre. Le contraste est saisissant. Comme des gamins, nous explorons les limites de nos véhicules tout terrain. C'est pas mal plus excitant que des chameaux, quoique moins exotique!

Nous remontons à bord du Jeep. À l'avant, Louka ne se définit pas comme «copilote», mais comme «gros pilote». À l'arrière, le nez au vent, Manu respire le bonheur. Nous arrivons aux dunes rouges juste à temps pour le coucher du soleil. Nous escaladons les dunes, peu à peu baignées d'ombre. Après les glissades d'eau, nous voici sur des glissades de sable.

Sur nos luges, nous dévalons les dunes à toute vitesse. Une tempête de sable rouge se forme devant nous à chaque descente. L'arrêt est brutal. Nos luges s'enlisent, nous roulons. Nous sommes couverts de sable. Nos yeux piquent. Nous croquons des grains chaque fois que nous fermons la bouche. Nous avons du sable dans les oreilles, le nez, les sous-vêtements. Nous remontons péniblement la dune pour mieux entreprendre une nouvelle descente! Le lendemain, nous continuerons à retrouver du sable dans nos moindres orifices.

Ce soir-là, le soleil s'est couché à 17h50. Le ciel était dramatique. Il s'était paré de rose et d'orange. Moi, j'étais au sommet d'une dune rouge. Un peu plus bas, Frédéric, Manu et Louka rigolaient. Moment de pur bonheur.

C'est tout? Eh oui! Les derniers jours ont été largement occupés à ne pas faire grand-chose. Et c'est très bien comme ça.

 

L'ASIE EN BREF...

Le tube qui roule le plus en Asie du Sud-Est, actuellement, est un remix de «Trouble is a Friend». On l'entend partout, ad nauseam. Cette chanson de Lenka est pourtant vieille de quelques années.

Quand il se fait demander de quel pays il vient, Manu répond, le plus honnêtement du monde: «La Chine!» Je ne cherche pas à rectifier le tir.

Les prostituées portent ici le nom de «boom boom girls».

Pour tenter de nous amadouer, un vendeur ambulant amorce généralement la discussion en demandant notre pays d'origine. Un peu comme une conversation sur le temps qu'il fait. Nous demeurons toujours sur nos gardes quand on nous aborde de la sorte, même si ce n'est pas pour alléger notre portefeuille.

Une grosse étoile jaune sur fond rouge. Le drapeau de Vietnam flotte un peu partout. Les Vietnamiens sont nombreux à afficher leur patriotisme.

À moto, toutes les femmes portent un masque qui leur couvre le nez et la bouche. Pas les hommes; ils sont beaucoup plus rares.

Le mobilier, les lampes et l'intérieur des voitures est parfois recouvert du film de plastique destiné à le protéger. Certains Asiatiques, pour prolonger la durée de vie de leurs biens, les laissent parfois volontairement emballés.

Des hommes habillés de façon modeste portent au poignet des montres très chics. Non, ce ne sont pas des Omega, des Tag Heuer ou des Breitling. Ce sont des imitations!

Les cyclistes et motocyclistes ne craignent pas la pluie. À la moindre averse, ils sont vêtus d'un imperméable qui recouvre leur corps, mais aussi leur guidon. Ça protège ainsi leurs bras et leurs jambes.

Les Asiatiques, tout particulièrement les Chinois, portent des chandails avec des inscriptions en anglais qui ne font aucun sens. Quelques exemples frappants: «The July Noodle Mood Journal», «Sweat Style Music Go On Happy» ou «Loag Vacalion Enjoy Your Sunvner Have». Sic, sic et re-sic.

 

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Derniers commentaires

  • alain
    02 novembre 2012 - 08:05

    Alllo Marilaine ! Je viens de lire ce courriel (avec un peu de retard peut-être...). J'y vois tout un changement de style dans ton écriture. Des phrases courtes, de la couleur et des impressions plus personnelles aussi, c'est réussi ! À bientôt ! Alain