Il ne faut pas oublier que les gouvernements américain et canadien ont prêté près de 100 milliards de dollars pour sortir cette industrie du gouffre. L’investissement en valait-il la peine ? Voyons un peu.
GM et Chrysler ont fait des progrès au chapitre des ventes -oui
Ford est sur une ascendante - Oui
Les marques importées perdent du terrain face aux marques américaines - oui
Les coûts de production des véhicules nord-américains ont été revus à la baisse - Oui
Les marchés du Canada, du Mexique et des États-Unis reviennent à la normale - Oui
Aucun fournisseur n’a fait faillite au cours des derniers mois - Non
L’emploi revient à des niveaux d’avant-crise - Non
Tout cet argent que les gouvernements avaient consenti devait servir à stopper l’hémorragie dans le domaine des emplois liés à l’automobile. Selon GM et Chrysler, le nombre d’emplois devait même augmenter, une fois la crise terminée. Mais si l’on regarde les derniers chiffres de Statistique Canada, la situation est loin d’être rose. Oui, il y a bien eu quelques rappels de travailleurs ici et là, mais regardons ensemble le portrait sur une plus longue période pour mieux comprendre la situation.
Il existe quatre secteurs dans l’équation de la fabrication d’automobile. L’assemblage des véhicules et les fournisseurs de pièces constituent le gros des emplois. Il y a aussi les usines de moteurs et de boîtes de vitesses et les usines de moulage pour certaines pièces. Au total, tous les secteurs comptaient pour environ 200 000 emplois en 2001, période de pointe des dernières décennies. Aujourd’hui, il reste 123 829 emplois, une perte de quelque 80 000 emplois et le plus bas niveau dans ce secteur depuis 1982. C’est en 2009 que les pertes d’emplois ont été les plus nombreuses avec plus de 34 000. L’année 2010 n’est guère mieux. Le Canada a perdu 10 000 emplois de plus que l’an dernier à la même période, et 2009 était la pire année à ce chapitre. Il y a un an, l’industrie de l’automobile était en crise. Alors, si vous entendez les dirigeants crier victoire, méfiez-vous, certains crient au loup beaucoup trop tôt. GM et Chrysler font des ventes à tout casser avec l’argent des contribuables, ne l’oubliez pas. En clair, le secteur de l’automobile est encore en crise au Canada. Les constructeurs doivent rationaliser, et, pour se faire, on coupe radicalement dans les emplois. Le secteur de l’assemblage s’est stabilisé autour de 36 000 emplois, en légère baisse, mais nous pouvons affirmer que la saignée est contenue. C’est tout de même 21 000 pertes d’emplois qui ont affecté ce milieu au cours des dernières années. Mais le vrai générateur d’emplois a toujours été le secteur des pièces. Dans ce secteur, 5 000 autres chômeurs cette année au Canada. Le secteur des pièces comptait pas moins de 100 000 travailleurs en 2001. Aujourd’hui, il en reste 42 000; ce chiffre continue de descendre, et personne ne voit la fin. Même constat pour les usines de machinerie fixe et fabricants de moules. Avec tous les autres secteurs à la baisse, ce dernier a suivi la parade. Traditionnellement, ce secteur a toujours été le plus stable. Entre 1996 et 2006, ce secteur est passé de 18 000 à 28 000 travailleurs au Canada. Ce secteur d’emploi aussi beaucoup de travailleurs spécialisés et offre d’excellents revenus. Le gouvernement savait que les emplois liés au secteur manufacturier allaient s’envoler vers d’autres cieux, mais, en ce moment, ce sont des emplois à valeur ajoutée qui disparaissent.
Les politiciens devraient se faire un peu plus de mauvais sang à propos du secteur de l’automobile canadien. Nous assistons rapidement à la migration des emplois, et personne ne semble savoir comment arrêter ni même pourquoi le secteur s’écroule aussi rapidement. Une autre commission parlementaire peut-être. Il faudrait d’abord se sortir la tête du sable et tenter de mieux comprendre la situation.

