Rappelons que pour éviter une surchauffe du marché de l'habitation, le gouvernement fédéral imposera de nouvelles règles pour rendre plus difficile l'obtention de prêts hypothécaires garantis par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Cette mesure entrera en vigueur le 19 avril prochain.
C'est le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, qui a annoncé l'entrée en vigueur prochaine de trois nouvelles règles, pour décourager la spéculation et l'endettement. Ainsi, les demandeurs de financement hypothécaire devront désormais répondre aux exigences d'une hypothèque à taux fixe de cinq ans. Par ailleurs, les propriétaires qui désirent réhypothéquer leur maison pour financer des rénovations pourront le faire jusqu'à 90 % de sa valeur et non plus 95 %. Enfin, les acheteurs d'une résidence destinée à la location devront verser une mise de fonds minimale de 20 % du prix d'achat au lieu de seulement 5 %.
Interrogé lors du récent salon Expo habitat de Québec, le président de l'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ) – région de Québec, Sylvain Tremblay, estime que le marché de l'habitation ne devrait pas en souffrir. «Nous sommes en accord avec de telles mesures. Celles-ci devraient atténuer certains risques et irritants, comme l'endettement et l'autoconstruction spéculative, sans affecter la demande pour des maisons neuves.»
«Il y a même des ménages qui vont ainsi être rassurés de voir leur dossier de crédit hypothécaire évalué sur une période plus longue de cinq ans. En quelque sorte, c'est un service qu'ils se rendent en achetant vraiment selon leurs moyens. Pour le constructeur aussi c'est intéressant de faire affaire avec des ménages qui sont mieux préparés et qualifiés pour un emprunt hypothécaire», renchérit M. Tremblay.
Le fait que l'annonce du fédéral n'ait pas été trop drastique a rassuré la plupart des économistes et institutions financières. Plusieurs craignaient une plus importante limitation de l'accès au crédit, qui aurait pu avoir un effet pervers. Certes, d'une part, on aurait ainsi évité l'éclatement d'une bulle immobilière. Mais, d'autre part, le risque était grand de créer une crise d'accession à la propriété chez les jeunes ménages. Tous les intervenants semblent donc satisfaits puisque si la taille des hypothèques sera limitée sans décourager l'achat d'une résidence. Aussi, les nouvelles mesures n'excluront pas de nouveaux acheteurs du marché résidentiel et les versements hypothécaires ne seront pas plus élevés. On s'attendait à ce que la mise de fonds initiale passe de 5 à 10 % et que la période d'amortissement soit ramenée de 35 à 30 ans, ce qui aurait pu ébranler le marché résidentiel et provoquer une chute des prix.
Bulle immobilièreQuoi qu'il en soit, le réputé financier canadien Stephen Jarislowsky s'inquiète de la trop vigoureuse tenue du marché immobilier. À son avis, les propriétés seraient surévaluées d'au moins 25 % et les risques sont réels que la bulle spéculative éclate. Pour cet investisseur sage, il faut être très préoccupé par le fait que les valeurs immobilières ont progressé plus fortement que l'inflation au cours des 30 dernières années.
