Quand critiquer signifie désobéir

Alexandre Côté
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Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on a assisté, au Québec, à un printemps mouvementé. Bien que la tension semble avoir descendu d’un cran, à quoi devons-nous nous attendre pour l’automne prochain? Tout au cours du printemps, on a été témoins de différentes actions entreprises par des individus ou groupes sociaux. La mouvance qui s’est d’abord concentrée dans les milieux étudiants semblait, à la fin du printemps, avoir rejoint une partie de la population qui n’avait rien à voir avec les étudiants et dont les préoccupations débordaient largement la simple question des droits de scolarité.

Alexandre Côté

Manifestations, campagnes dans les médias sociaux, débrayages d’étudiants ne sont que quelques exemples de moyens de pression qu’on a vus être mis en application par les étudiants, associations et simples citoyens insatisfaits de la situation politique actuelle. Au-delà de ces méthodes plutôt classiques, on a assisté à l’émergence de ce que les médias et le gouvernement qualifient de désobéissance civile. Cette question nous rattrapera bien assez vite puisqu’à la reprise des cours le mois prochain, les associations étudiantes toujours en grève seront, selon la loi 78, dans l’interdiction de tenir des lignes de piquetage ou de manifester aux abords des institutions d’enseignement.

Qu’est-ce que c’est?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le terme "désobéissance civile" est employé de façon plutôt large et confuse par les différents acteurs politiques. Grossièrement, on nous laisse entendre que ça va de la simple manifestation pacifique spontanée à l’explosion de bombes fumigènes dans le métro de Montréal, en passant par les actions de perturbation économique, le maintien des lignes de piquetage malgré les injonctions demandant leur démantèlement, le blocage de ponts ou les actions directes dirigées le plus souvent vers les institutions financières. Ces quelques exemples montrent que le terme "désobéissance civile" est souvent utilisé de façon générale pour toute action, violente ou non, qui diffère d’une manifestation classique et qui vise soit la population, l’économie ou le gouvernement.

Le rôle d’un gouvernement doit se résumer de la façon suivante : assurer la gestion de l’État dans l’intérêt de la plus grande majorité, c’est-à-dire assurer le bien commun. Les lois, les règlements, les orientations et les décisions que le gouvernement adopte doivent impérativement respecter ce principe qui est le fondement de la démocratie.

Au sens littéral, la désobéissance civile implique qu’un gouvernement dicte des lois ou des mesures et qu’une partie de la société civile refuse de s’y soumettre. Or, ceux qui en viennent à ce genre de moyens d’action font souvent le raisonnement suivant : si les orientations du gouvernement ne servent pas la majorité, mais plutôt une minorité qui forme les mieux nantis, contrevenant du coup au rôle qu’il est sensé jouer, le concept de désobéissance devient alors bien relatif. Ceux qui posent des actes non violents, tels que des manifestations spontanées, l’occupation d’une banque ou la perturbation d’une activité d’un parti politique, pratiquent évidemment de la désobéissance envers les volontés du gouvernement. Mais, de leur point de vue, on peut aussi penser que le gouvernement "désobéit" lui-même aux fondements démocratiques qui l’enjoignent à exercer son pouvoir dans l’intérêt de la majorité. Les activistes qu’on voit à l’œuvre depuis quelques semaines ont en quelque sorte la conviction de désobéir aux désobéissants. Dans cette optique, on doit donc voir une immense différenciation entre les actes violents disgracieux qui peuvent prendre la population en otage et ceux non violents qui visent le gouvernement, et malheureusement qui sont souvent tous qualifiés sans distinction de désobéissance civile.

La démocratie

Ces actions s’inscrivent aussi de façon plus large dans un questionnement de l’état de la démocratie. Est-ce qu’un gouvernement, élu par 24% des électeurs, a la légitimité de poser des actions qui vont fort possiblement à l’encontre du bien commun? Est-ce que la démocratie se résume à voter et ensuite à se taire pendant 5 ans? Est-ce qu’il est acceptable, compte tenu des dérives qu’ont déjà connues certaines démocraties en Europe et ailleurs, qu’un gouvernement vote des lois qui vont à l’encontre du principe démocratique incontestable de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire? Est-ce qu’il est acceptable, dans le même sens, qu’un gouvernement réduise les droits et libertés, tel que défini par la Constitution? Et finalement, où se situe la limite entre désobéissance civile et désobéissance gouvernementale? L'Autre Voix, membre du Groupe Québec Hebdo

Organisations: Ces actions, Québec Hebdo

Lieux géographiques: Montréal, Europe

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  • Yves Giguère
    16 juillet 2012 - 08:02

    Je crois que les étudiants peuvent manifester, mais qu'ils doivent le faire en respectant le reste de la population, ne pas briser de voitures, ni lancer d'objets aux gens, quand la manifestation est annoncée aux policiers celle-ci est plus contrôlée. Bonne journée.

  • Trudel J.
    11 juin 2012 - 01:34

    Quelqu'un qui désobéit à la loi 78 ou qui incite à le faire, trace son chemin vers la prison....

    • Guylaine Duclos
      11 juillet 2012 - 14:00

      Si quelqu un désobéi il dois payer pour ce qu il fait