Je ne vous apprends rien en vous disant que la nouvelle mode en matière de progrès s'appelle le développement durable. Ce concept possède ses formations universitaires, sa loi et son ministre. Sa gloire est chantée dans toute l’économie triomphante, culpabilisée par une série de crises et honteuse de sa tare congénitale en matière d’écologie. Loin d’effrayer le capitalisme, il est son dernier rejeton, son Achille tout puissant, sauveur de notre monde en décrépitude. La Côte-de-Beaupré n’est pas en reste et elle aussi concocte son projet de développement durable depuis déjà plusieurs mois. Et tout l’arsenal des néologismes et outils modernes est déployé. Planification, concertation, sondage rassurant, site web et encre verte, tout est en place.
Le 4 juillet dernier, la MRC lançait son « Plan stratégique de développement durable », un document de 106 pages dévoilant une vision d’avenir pour la région et détaillant une série d’actions possibles pour y parvenir. Ce plan est l’aboutissement d’une longue réflexion et est l’une des étapes d’un projet plus vaste, toujours en mouvement, dans lequel se trouve entre autres le sondage dont j’ai parlé précédemment. Je n'ai pas pu résister à l’envie d’en faire la lecture. J’ai été bien vite récompensé. À la page 5 du document, juste avant la table des matières, on peut lire : «En 2030, la Côte-de-Beaupré offrira et développera des milieux de vie dynamiques et attirants… ». Alléluia ! Le peuple a été entendu !
Je dois dire qu'à ce moment-ci de ma lecture, j’étais très sceptique. Fort heureusement, j'ai été agréablement surpris par ce que j'y ai vu par la suite. D'abord, le plan est plutôt complet et détaillé. On sent qu'il y a eu un véritable effort de remise en question et un véritable dialogue avec les gens du milieu. On y trouve aussi une bonne dose de concret avec le détail de 91 actions envisagées. Si j’en crois ce que j’ai lu, avec ce plan, la Côte-de-Beaupré fait même office de précurseur au Québec. C’est un énorme progrès pour une région, où il n’y a pas si longtemps, la guerre de clocher battait son plein.
Bien que tout cela semble idyllique, je dois avouer que je me méfie. D'abord, je me méfie des plans. Ils ne sont, plus souvent qu’autrement, qu’un étalage de belles paroles. Deuxièmement, je me méfie du concept de développement durable. Pour moi, c'est une évolution du concept de croissance. Dans le pire des cas, je pense que le développement durable est un leurre créé par le néo-libéralisme afin d’endormir la vigilance, une sorte de Pepto-Bismol aidant à digérer des projets comme le Plan Nord. Dans le meilleur des cas, j’y vois un moyen moderne de réorganisation visant à accroître la productivité. À certains égards, c’est une optimisation du système de production. Mon problème c’est qu’on ne remet pas en question la croissance, au contraire, on lui donne une aura verte, ce qui me semble une contradiction. Donc, je suis bien content pour l’avenir de la Côte-de-Beaupré qui semble radieux, mais en même temps, j’ai peine à me débarrasser d’un certain malaise.
L'Autre Voix, membre du Groupe Québec Hebdo

