Commission Bastarache : lynchage populaire prématuré

François
François Cattapan
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Pataugeant déjà dans les bas-fonds des sondages d'appréciation des différents métiers et professions, la classe politique n'avait absolument pas besoin d'un autre événement-spectacle comme la Commission Bastarache pour espérer remonter un tant soit peu dans l'estime populaire. Il n'aura fallu que quelques jours pour constater l'empressement des électeurs à trouver des boucs-émissaires à mener à l'échafaud, avant même la fin des procédures. Assurément, il reste des traces de l'ère des chasses aux sorcières et des croisades religieuses d'une autre époque dans les gènes de bien des observateurs intéressés, tous autant vertueux et sans reproches.

Commission Bastarache

Ainsi, dès l'amorce de la commission portant sur l'ingérence partisane dans le processus de nomination des juges, quelques révélations juteuses du principal témoin et ancien ministre de la Justice Marc Bellemare ont suffi à galvaniser les esprits. L'opinion publique était convaincue. Le verdict entendu. Coupable! Inutile d'aller plus loin, ni d'attendre le contre-interrogatoire. Le bon peuple, éclairé et exempt de toute influence, surtout celle des aboyeurs radiophoniques, en savait assez. Les commentaires recueillis sur la rue en témoignent : «c'est épouvantable!», «je l'ai toujours su!», «voilà la preuve que politique est synonyme de magouille».

Le problème, c'est qu'en toute justice et puisqu'il en est justement question ici, on doit entendre les deux parties en présence et voir les deux côtés de la médaille, avant de se faire une idée. D'ailleurs, dès sa deuxième semaine, la Commission Bastarache a tôt fait de révéler des contradictions dans le témoignage de l'ex-ministre resté amer de son passage éclair dans la sphère politique. Celui-ci a déballé son sac sans aucune preuve pour étayer son propos, ni aucun témoin pour corroborer ses dires. De plus, les personnes pointées du doigt, dont le premier ministre Jean Charest, n'ont pas encore eu le loisir de présenter leur version des faits.

Mais, à quoi bon, puisque le quidam qui dispose de toute sa journée pour regarder les débats télévisés ne changera pas d'avis? On le savait à l'avance. Des sondages menés avant même le début de ce cirque médiatique révélaient que 90 % des gens croyaient les allégations de Marc Bellemare. Devant tant de promptitude à prendre parti, il y a de quoi se soucier de la prépondérance de la vérité bien plus que de l'indépendance de la magistrature. Peut-être doit-on aussi s'inquiéter de voir ressurgir des revendications prônant la peine de mort et ses exécutions en public. Le gérant d'estrade qui sommeille en chacun de nous apprécie ce genre de distraction. Plus tard, il pourrait être tenté de réclamer le retour des jeux du cirque, avec ses fauves et gladiateurs.

Trêve de projections funestes et, surtout, évitons de donner des idées aux plus excités d'entre nous. Sans vouloir prendre la défense du gouvernement, ses principaux acteurs devraient avoir le privilège de se défendre. Et, aux chroniqueurs politiques qui déplorent la stratégie de tenir ces jours-ci une commission aussi dévastatrice, rétorquons qu'il s'avère on ne peut plus judicieux de vider l'abcès à deux ans des prochaines élections. Car, le bon peuple a beau être cruel, il n'a pas de mémoire…

Organisations: Commission Bastarache

Lieux géographiques: Trêve

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