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Un autre historique de la Goéliche

Marc Cochrane par Marc Cochrane
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Article mis en ligne le 28 juillet 2008 à 14:06
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Un autre historique de la Goéliche
Une présentation malencontreuse de la Goéliche dans le livre de recettes Les Producteurs toqués de l’Île d’Orléans ne peut pas être laissée sans rectification, me semble-t-il. Ce livre fort bien fait et judicieusement illustré comporte une courte présentation des producteurs et de leur établissement. Pour l’auberge La Goéliche, il y est dit qu’elle fut «construite en 1895» (p. 56), laissant entendre que l’auberge actuelle, telle qu’elle se présente, remonte au XIXe siècle.

Par inadvertance ou par contrainte d’espace, une méprise s’est glissée. Mais il faut éviter, à mon avis, qu’elle soit perpétuée. C’est sans doute, un profit de prestige pour l’établissement, mais un déficit regrettable pour l’histoire. C’est bien dommage, car de tels raccourcis risquent toujours de créer des erreurs historiques durables. Il fallait au moins mentionner l’incendie majeur de 1996, qui a réduit La Goéliche d’alors en cendres. La reconstruction qui a suivi est d’une architecture tout à fait différente et son aspect est résolument contemporain.

Il faut savoir avec l’aide de «La Direction du Patrimoine», qu’un premier hôtel, plutôt modeste, a d’abord été créé en 1885, par le notaire N. H. Bowen. Il fut incendié en 1894 et reconstruit en 1895, par les architectes Tanguay et Vallée, à la demande de Thomas Lizotte, après l’acquisition d’une partie du terrain de la pointe ouest de l’Île. Ce fut le début du Château Bel-Air qui connut des heures de gloire et d’affluence pendant plus d’un siècle. Il est demeuré sensiblement le même sur le plan architectural jusqu’à cet incendie tragique où le jeune Patrick Émond y perdit la vie, le 22 février 1996. L’auberge fut reconstruite à l’automne et rouverte, le 1er mai 1997. Toutefois, elle a changé plusieurs fois de nom et de propriétaire, avant de devenir l’Auberge La Goéliche, en 1985.

C’est à la famille Duplain qu’on doit ce dernier nom. Les Duplain et Laferrière avaient aménagé un premier restaurant sur les coteaux de Saint-Laurent, dans une pharmacie-clinique délaissée, à laquelle ils donnèrent le nom de Goéliche, petite embarcation, destinée à charger et décharger les goélettes, à défaut de quai. Ce nom fut transféré au Manoir de l’Anse (1979-1985), nouveau nom du Château Bel-Air, quand ils l’acquirent et l’administrèrent de 1985 à 1990. Leur précédent établissement La Goéliche devint Le Canard Huppé.

Andrée Marchand et Alain Turgeon s’associèrent à Janet Duplain, de 1991 à 1996. Ils restaurèrent l’Auberge en respectant son caractère victorien, à tourelles. Après l’incendie de 1996, l’Auberge Restaurant La Goéliche est devenue la propriété d’Andrée Marchand, comme le signale le livre de recettes des Producteurs toqués de l’Île d’Orléans, récipiendaire, à Londres, du prix du meilleur livre de cuisine au monde, dans la catégorie des produits locaux, en 2008. André Marchand passe les rênes graduellement à sa fille, Marie-Andrée Turgeon.

Historiquement, le Château Bel-Air de Thomas Lizotte appartint à Edwin Fraser de 1897 à 1943, puis à Yvonne Fraser de 1943-1945. Il devint, par la suite, la propriété de cinq hôteliers successifs: Joseph G. Duchesneau de 1945 à 1960, qui a fait don de la statue de Sainte-Pétronille, à l’église ;J. Couturier de1960 à 1968 ; René Lemieux de 1968 à 1969 ; J. L Picard de 1969 à 1974 ; René Lemieux de nouveau de 1974 à 1985 et, enfin, la famille Duplain de 1985 à 1990.

Janet Duplain, chef cuisinière de grande valeur, perdit son mari, André, en 1989. Après l’incendie de 1996, elle vendit ses parts à Andrée Marchand. Amie de Jean Soulard et de Serge Bruyère, elle demeure une grande figure de l’hôtellerie de l’Île d’Orléans ayant osé la première grande table ouverte à l’année, à l’île d’Orléans. Elle a reçu plusieurs personnalités dont Jean-Paul Riopelle, Félix Leclerc, Paul Hébert, Clément Richard, qui ont maintes fois apprécié ses talents.

Je profite de cet historique pour lui rendre hommage et l’assurer que les gens de l’Île ne l’ont pas oubliée, pas moins que Patrick Émond qui, pour sauver la vie d’une touriste qui y passait la nuit, y a laissé la sienne.



Joseph Melançon, Île d’Orléans

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