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Lettre ouverte à Jacques Parizeau

Article mis en ligne le 14 septembre 2008 à 12:30
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Lettre ouverte à Jacques Parizeau
J’ai lu avec grand intérêt votre lettre sur la situation scandaleuse de l’enseignement public français au Québec parue dans le Journal de Québec le 11 septembre 2008. Vous avez tiré la sonnette d’alarme comme beaucoup d’autres l’ont fait avant vous sur d’autres problèmes aussi inquiétants du système québécois d’éducation.

Vous dites, M. Parizeau, que « c’est l’effondrement d’un système auquel nous assistons ». Or, je ne crois pas que le Québec réussira à s’extirper d’une crise qui perdure depuis longtemps en éducation en s’attaquant à ses effets plutôt qu’à ses causes. Toute institution sociale qui ne justifie pas clairement sa raison d’être devient rapidement l’enjeu de tous les pouvoirs en place qui cherchent, plus souvent qu’autrement, à assujettir le peuple plutôt qu’à le servir.

L’église, l’État, les syndicats, les partis politiques et le monde des affaires se sont toujours disputés le monde de l’éducation afin de le mettre au service de leurs intérêts particuliers. Et le monde de l’éducation ne s’étant jamais défini clairement de l’intérieur a été une proie facile des différents pouvoirs qui se sont succédé au Québec depuis le début de la colonie.

Le problème fondamental de l’éducation québécoise, M. Parizeau, découle du fait que le ministère de l’Éducation ne s’est jamais doté de finalités fondées sur l’être humain et ses exigences de développement et de bon fonctionnement dans ses rapports avec lui-même, autrui, la société, l’humanité et l’environnement. On ne retrouve nulle part dans les documents du ministère une conception explicite, naturelle, complexe et scientifique de l’être humain qui permettrait de justifier les finalités de chaque niveau d’enseignement et sortir l’éducation québécoise du cercle vicieux des réformes.

Le premier défi que doit relever le ministère de l’Éducation consiste à se doter d’une anthropologie éducative fondée sur une représentation naturelle de l’être humain et capable de donner un sens et une direction à l’ensemble du système québécois d’éducation et des finalités spécifiques à chaque niveau d’enseignement. Sinon, l’éducation continuera d’être un enjeu que les différents pouvoirs en place continueront à se disputer, plutôt que le moyen par excellence de former des Québécois et des Québécoises autonomes, responsables, créatifs et solidaires dans leur poursuite individuelle et collective du bonheur.
Gaston Marcotte, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et président-fondateur du Mouvement Humanisation

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