Le miracle d'une rencontre

Neuvaine de Sainte-Anne


Publié le 23 juillet 2015

RENCONTRE. Découvrir les hommes et les femmes de Sainte-Anne-de-Beaupré le temps de la neuvaine, recueillir leurs témoignages et s'en inspirer pour créer: les deux artistes en résidence pour le projet d'art social «On se rencontre, on se raconte…» doivent elles-mêmes se dénuder pour comprendre leur prochain.

Pour Patsy Van Roost, l'intention n'était pas d'évoquer à tout prix le religieux lors de ces rencontres, mais plutôt de faire ressurgir le merveilleux de chaque situation. «Plusieurs personnes viennent à la neuvaine sans avoir de profondes convictions religieuses, élabore l'artiste de Montréal. Mais chaque personne a une histoire à raconter qui s'approche du miracle.» Parée de son étoffe de collectionneuse de miracles, elle sillonne les rues de la ville à la rencontre des citoyens.

Les rencontres peuvent être brèves ou étalées, uniques ou répétitives, mais chacune d'entre elles amène sa nouvelle couleur, raconte celle qui se fait appeler «La Fée du Mile-End». «Un homme m'a approché l'autre jour, un anglophone. Notre discussion a duré à peine une minute, mais il a réussi à me toucher en me racontant comment il avait retrouvé le goût à la vie.» D'autres, comme Régent, sont de passage à Sainte-Anne-de-Beaupré sans pour autant s'arrêter à la basilique. «Il parcourt le Québec à pied, 800km de marche! S'exclame l'artiste. Il m'a raconté ne pas croire en Dieu, il disait qu'il croyait plutôt en lui-même. Il était comme un aimant. Au restaurant, chacun l'approchait à tour de rôle pour lui parler un peu.»

Ouverture des frontières

Manon Dumas réside dans la municipalité voisine, à Beaupré. La photographe et anthropologue de formation profite de sa résidence à l'atelier Ni Vu Ni Cornu pour créer ses œuvres dans une approche plus documentaire. «Les frontières tombent quand nous sommes ici, parce qu'il y a des gens de partout sur la planète qui se retrouvent dans la municipalité, se réjouit-elle. On sent un tout nouvel esprit de communauté se créer.»

Les deux artistes doivent s'intégrer à leur milieu de travail, à l'image d'un travailleur de rue. «Nous devons nous adapter à chaque situation, précise la photographe. Ce n'est pas à nous de nous imposer comme artistes et de provoquer un témoignage. Nous prenons le temps d'échanger et de bâtir une confiance.» Parfois, aucun matériel tangible n'est nécessaire. «L'important, c'est la rencontre et les sentiments qui en découlent, croit Manon Dumas. Ce n'est pas le produit final à tout prix.»

Pour les deux femmes, se prêter à cet exercice durant le temps de la neuvaine demande un dépassement de soi. «À chaque fois que je porte mon insigne, je me sens nue, confie Patsy Van Roost. J'ai l'impression d'être moi-même très vulnérable et totalement transparente devant chaque personne.» «Les gens qui voyagent jusqu'ici viennent chercher du réconfort, ils viennent combler un espace dans leur vie, croit Manon Dumas. C'est une chance que nous avons d'être ici avec eux et de vivre le moment présent.»

Québec Hebdo

Le rendez-vous conférence du projet «On se rencontre, on se raconte…» a eu lieu le 27 juillet en formule 5 à 7 à la Galerie d'art Ni Vu Ni Cornu. Pour tous les détails sur le projet, cliquez ici.

Bilan de la résidence des artistes à la Neuvaine de Sainte-Anne